Nutrition
Viser la santé positive
Jacinthe Côté
collaboration spéciale, La Presse
Conscients de la place importante que prendra la génétique dans l'histoire du 21e siècle, les chercheurs s'intéressent de plus en plus aux interactions entre les gènes, les nutriments et l'exercice. Plus particulièrement, ils cherchent à comprendre comment ces facteurs influencent l'expression des gènes.
Ceux-ci, en commandant la production de milliers de protéines différentes dans le corps, sont responsables du développement et du fonctionnement normal du corps. Ils peuvent également être impliqués dans le développement de maladies chroniques.
Cela dit, ce n'est pas parce qu'on a des gènes qui prédisposent au cancer ou à l'hypertension, par exemple, qu'on va obligatoirement en souffrir. Ce passage du gène, ou ce qu'on appelle le génotype, à l'expression du caractère du gène, aussi appelée phénotype, dépend des conditions de l'environnement. Parmi celles-ci, la qualité de l'alimentation y est pour beaucoup, de même que l'activité physique.
Une approche personnalisée Plus les chercheurs en apprennent sur les mécanismes régulateurs du corps, plus ils prennent conscience de l'importance de cibler les recommandations nutritionnelles afin de mieux répondre aux besoins spécifiques de chaque individu. D'où le retour au concept de «santé positive».
Ce concept a été introduit au cinquième siècle avant Jésus-Christ par le philosophe Hippocrate. Déjà à l'époque, il stipulait que pour être en santé, il fallait comprendre les composantes de base du corps (ce qu'on appelle aujourd'hui les gènes) et le pouvoir des aliments (ceux qui nous sont offerts par la nature et ceux que l'on produit). Mais, précisait-il, une saine alimentation ne suffit pas au maintien de la santé. Il faut aussi faire des exercices et connaître leurs effets sur le corps.
Selon Hippocrate, ce qu'on nomme le «régime de vie» doit donc combiner ces deux éléments importants. Ensuite, il faut prendre en considération le climat saisonnier, le «changement des vents», l'âge de l'individu et sa situation à la maison (son rôle, ses responsabilités).
Ce concept de santé positive précisait aussi que toute carence alimentaire ou insuffisance d'exercice pouvait rendre le corps malade.
Ce conseil donné il y a plus de 2500 ans s'applique encore aujourd'hui. D'ailleurs, on tente de le mettre en pratique grâce à la recherche de connaissances sur la génétique, la nutrition, la forme physique et leur contribution à la santé.
La médecine préventive Pour les Grecs de l'Antiquité, le concept de «santé positive» était important, et l'atteinte de cet objectif les préoccupait beaucoup. Tous les éléments relatifs au régime de vie occupaient une place importante dans la médecine grecque.
Cette approche était unique à l'époque et l'est malheureusement encore aujourd'hui. En effet, dans la plupart des sociétés occidentales, la médecine est perçue comme une profession qui gère les gens malades en utilisant des techniques, des médicaments et d'autres genres de remèdes.
Adeptes des approches personnalisées, les médecins hippocratiques concevaient des régimes, et leurs conseils étaient ciblés. Ils faisaient une distinction entre les besoins d'un ouvrier et ceux d'un athlète. Une attention particulière était apportée aux changements des saisons, et le régime était modifié en conséquence.
Vivre au 21e siècle Aujourd'hui, l'alimentation des pays industrialisés s'est uniformisée et sa qualité s'est nivelée vers le bas. La consommation d'énergie excède les besoins. Ceux-ci sont dictés par la dépense énergétique, qui ne cesse de diminuer.
La consommation de gras saturés (viande, volaille, produits laitiers), de gras polyinsaturés oméga-6 (huiles végétales à base de soja, canola, maïs) et de gras trans (huiles hydrogénées) a augmenté aux dépens de celle des gras polyinsaturés oméga-3 à longue chaîne (huile de poisson), qui se font maintenant rares.
Les glucides complexes et leurs fibres sont en voie de disparition dans l'alimentation. La consommation de grains céréaliers raffinés a augmenté, tandis que celle des fruits et des légumes a diminué.
Le qualificatif «sédentaire» correspond de plus en plus au terme «activité physique». L'environnement, conçu pour réduire l'effort de déplacement, ne nous permet plus de dépenser autant d'énergie. Les escaliers mobiles et les ascenseurs sont partout. Les piétons et les cyclistes luttent difficilement contre les voitures envahissantes.
Dans ces conditions, il est difficile d'avoir un bon régime de vie. Malgré tout, il faut tenter d'adopter des comportements alimentaires et physiques qui nous conviennent individuellement et nous permettent de maintenir l'équilibre et la santé.
Au cours des prochaines décennies, on peut s'attendre à voir une meilleure utilisation des connaissances scientifiques pour la mise au point de soins de santé personnalisés, basés sur le profil génétique de chaque individu.
Pour la médecine occidentale, ce sera comme un retour aux sources, à la prévention et à la santé positive.
L'auteure de cette chronique hebdomadaire est membre de l'Ordre professionnel des diététistes du Québec.