ESPOIRS


 
AccueilAccueil  FAQFAQ  RechercherRechercher  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  
 

Condamné à mort ! par Victor Hugo

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Denis
Rang: Administrateur



Inscrit le : 23 Fév 2005
Messages : 5654

MessageSujet: Condamné à mort ! par Victor Hugo   Mer 3 Jan - 16:40

De victor Hugo

Condamné à mort !

Voilà cinq semaines que j'habite avec cette pensée, toujours seul avec elle, toujours glacé de sa présence, toujours courbé sous son poids !

Autrefois, car il me semble qu'il y a plutôt des années que des semaines, j'étais un homme comme un autre homme. Chaque jour, chaque heure, chaque minute avait son idée. Mon esprit, jeune et riche, était plein de fantaisies. Il s'amusait à me les dérouler les unes après les autres, sans ordre et sans fin, brodant d'inépuisables arabesques cette rude et mince étoffe de la vie. C'étaient des jeunes filles, de splendides chapes d'évêque, des batailles gagnées, des théâtres pleins de bruit et de lumière, et puis encore des jeunes filles et de sombres promenades la nuit sous les larges bras des marronniers. C'était toujours fête dans mon imagination. Je pouvais penser à ce que je voulais, j'étais libre.

Maintenant je suis captif. Mon corps est aux fers dans un cachot, mon esprit est en prison dans une idée. Une horrible, une sanglante, une implacable idée ! Je n'ai plus qu'une pensée, qu'une conviction, qu'une certitude : condamné à mort !

Quoi que je fasse, elle est toujours là, cette pensée infernale, comme un spectre de plomb à mes côtés, seule et jalouse, chassant toute distraction, face à face avec moi misérable, et me secouant de ses deux mains de glace quand je veux détourner la tête ou fermer les yeux. Elle se glisse sous toutes les formes où mon esprit voudrait la fuir, se mêle comme un refrain horrible à toutes les paroles qu'on m'adresse, se colle avec moi aux grilles hideuses de mon cachot ; m'obsède éveillé, épie mon sommeil convulsif, et reparaît dans mes rêves sous la forme d'un couteau.

Je viens de m'éveiller en sursaut, poursuivi par elle et me disant : – Ah ! ce n'est qu'un rêve ! – Hé bien ! avant même que mes yeux lourds aient eu le temps de s'entrouvrir assez pour voir cette fatale pensée écrite dans l'horrible réalité qui m'entoure, sur la dalle mouillée et suante de ma cellule, dans les rayons pâles de ma lampe de nuit, dans la trame grossière de la toile de mes vêtements, sur la sombre figure du soldat de garde dont la giberne reluit à travers la grille du cachot, il me semble que déjà une voix a murmuré à mon oreille : – Condamné à mort !

source

Je sais ce n'est pas nécessairement encourageant...mais moi je me sens moins seul en lisant ça. J'enlèverai peut-etre ce texte un peu plus tard pour l'instant on dirait qu'il m'explique ce que je suis en train de vivre.

La giberne dont il est question c'est un sac à cartouche pour les soldats, il me semblait que le détail ne pouvait être complètement innocent. Ce qu'il écrit bien, on dirait qu'il a réellement vécu cette situation, d'un autre coté c'est Victor Hugo, je ne suis pas le premier à m'étonner que ce gars écrive bien, et je ne serai pas le dernier je lesuppose.

Ça n'arrange pas mon cas mais au moins je ressens des sentiments que d'autres gens ont déja ressenti...
Revenir en haut Aller en bas
Grâce




Inscrit le : 14 Juil 2006
Messages : 623
Localisation : France

MessageSujet: Re: Condamné à mort ! par Victor Hugo   Mer 3 Jan - 18:36

Ecoute Denis, ce texte de Victor Hugo est très beau (sentiments ou état d'esprit de la personne bien exprimés) même s'il exprime des idées sombres, noires, lugubres (choix des verbes "obséder", des noms "cachot" "captif" "sommeil convulsif") etc...

Moi j'aime l'écriture de ce texte tout simplement que je trouve fabuleuse. De plus, il exprime très bien deux périodes de la vie de la personne que je nommerai le "avant" et le "après"

le "avant" : "j'étais un homme comme un autre" (je transpose donc toi Denis puisque tu te réfères à ce texte comme reflétant ce que tu vis, ta vie d'avant si je peux dire du moins d'avant la maladie je suppose, donc l'insouciance, la vie, les jeunes filles, liberté dans ton esprit, "fête dans ton imagination") etc...

le "maintenant" ou "l'après" donc la captivité, le cachot, l'emprisonnement, l'idée d'être condamné à mort, la dure constatation, ta réalité, "un spectre", "la distraction chassée", "pensée qui m'obsède même éveillé"

Même si ce n'est pas forcément encourageant, c'est courageux de nous en faire part et je pense que cela doit bien traduire l'état d'esprit dans lequel tu te trouves. Ce que l'on ressent, on doit l'exprimer même si c'est par le biais d'un auteur connu. Cela permet aussi de se décharger d'un poids lourd à porter, d'exprimer sa souffrance, de partager ses ressentis, ses émotions avec d'autres, de mieux expliquer ce que l'on vit même par le biais d'un texte, de mieux se faire connaître (les maux de la vie), d'exposer tant soit peu son "moi" intérieur, de se sentir touché par autrui, compris par ce partage.

Ne dis pas que cela n'arrange pas ton cas, mais cela peut t'aider malgré ce que d'autres pourront penser. Enfin c'est mon point de vue et nul n'est obliqé de le partager.

J'aime cette façon que tu as de parler de ce que tu ressens, tu pressents, tu redoutes par le biais de l'écriture d'un fabuleux auteur.

A ta place, je n'ôterai pas ce texte car il est le reflet de tes propres sentiments, ton reflet actuel, ce que tu vis présentement ! Enfin je vois cela comme ça au vu de ton commentaire ci-après.

J'ignore s'il calmera tes angoisses, tes "démons" mais il doit d'une certaine manière te faire du bien ce texte.

BIZZZZZ !!bec bec

Grâce
_________________
Revenir en haut Aller en bas
Denis
Rang: Administrateur



Inscrit le : 23 Fév 2005
Messages : 5654

MessageSujet: Re: Condamné à mort ! par Victor Hugo   Sam 21 Juil - 23:34

La légende des siècles
Victor Hugo


Booz endormi
Booz s'était couché de fatigue accablé ;
Il avait tout le jour travaillé dans son aire ;
Puis avait fait son lit à sa place ordinaire ;
Booz dormait auprès des boisseaux pleins de blé.

Ce vieillard possédait des champs de blés et d'orge ;
Il était, quoique riche, à la justice enclin ;
Il n'avait pas de fange en l'eau de son moulin ;
Il n'avait pas d'enfer dans le feu de sa forge.

Sa barbe était d'argent comme un ruisseau d'avril.
Sa gerbe n'était point avare ni haineuse ;
Quand il voyait passer quelque pauvre glaneuse :
- Laissez tomber exprès des épis, disait-il.

Cet homme marchait pur loin des sentiers obliques,
Vêtu de probité candide et de lin blanc ;
Et, toujours du côté des pauvres ruisselant,
Ses sacs de grains semblaient des fontaines publiques.

Booz était bon maître et fidèle parent ;
Il était généreux, quoiqu'il fût économe ;
Les femmes regardaient Booz plus qu'un jeune homme,
Car le jeune homme est beau, mais le vieillard est grand.

Le vieillard, qui revient vers la source première,
Entre aux jours éternels et sort des jours changeants ;
Et l'on voit de la flamme aux yeux des jeunes gens,
Mais dans l'oeil du vieillard on voit de la lumière.

Donc, Booz dans la nuit dormait parmi les siens ;
Près des meules, qu'on eût prises pour des décombres,
Les moissonneurs couchés faisaient des groupes sombres ;
Et ceci se passait dans des temps très anciens.

Les tribus d'Israël avaient pour chef un juge ;
La terre, où l'homme errait sous la tente, inquiet
Des empreintes de pieds de géants qu'il voyait,
Etait mouillée encore et molle du déluge.

Comme dormait Jacob, comme dormait Judith,
Booz, les yeux fermés, gisait sous la feuillée ;
Or, la porte du ciel s'étant entre-bâillée
Au-dessus de sa tête, un songe en descendit.

Et ce songe était tel, que Booz vit un chêne
Qui, sorti de son ventre, allait jusqu'au ciel bleu ;
Une race y montait comme une longue chaîne ;
Un roi chantait en bas, en haut mourait un dieu.

Et Booz murmurait avec la voix de l'âme :
" Comment se pourrait-il que de moi ceci vînt ?
Le chiffre de mes ans a passé quatre-vingt,
Et je n'ai pas de fils, et je n'ai plus de femme.

" Voilà longtemps que celle avec qui j'ai dormi,
O Seigneur ! a quitté ma couche pour la vôtre ;
Et nous sommes encor tout mêlés l'un à l'autre,
Elle à demi vivante et moi mort à demi.

" Une race naîtrait de moi ! Comment le croire ?
Comment se pourrait-il que j'eusse des enfants ?
Quand on est jeune, on a des matins triomphants ;
Le jour sort de la nuit comme d'une victoire ;

Mais vieux, on tremble ainsi qu'à l'hiver le bouleau ;
Je suis veuf, je suis seul, et sur moi le soir tombe,
Et je courbe, ô mon Dieu ! mon âme vers la tombe,
Comme un boeuf ayant soif penche son front vers l'eau. "

Ainsi parlait Booz dans le rêve et l'extase,
Tournant vers Dieu ses yeux par le sommeil noyés ;
Le cèdre ne sent pas une rose à sa base,
Et lui ne sentait pas une femme à ses pieds.

Pendant qu'il sommeillait, Ruth, une moabite,
S'était couchée aux pieds de Booz, le sein nu,
Espérant on ne sait quel rayon inconnu,
Quand viendrait du réveil la lumière subite.

Booz ne savait point qu'une femme était là,
Et Ruth ne savait point ce que Dieu voulait d'elle.
Un frais parfum sortait des touffes d'asphodèle ;
Les souffles de la nuit flottaient sur Galgala.

L'ombre était nuptiale, auguste et solennelle ;
Les anges y volaient sans doute obscurément,
Car on voyait passer dans la nuit, par moment,
Quelque chose de bleu qui paraissait une aile.

La respiration de Booz qui dormait
Se mêlait au bruit sourd des ruisseaux sur la mousse.
On était dans le mois où la nature est douce,
Les collines ayant des lys sur leur sommet.

Ruth songeait et Booz dormait ; l'herbe était noire ;
Les grelots des troupeaux palpitaient vaguement ;
Une immense bonté tombait du firmament ;
C'était l'heure tranquille où les lions vont boire.

Tout reposait dans Ur et dans Jérimadeth ;
Les astres émaillaient le ciel profond et sombre ;
Le croissant fin et clair parmi ces fleurs de l'ombre
Brillait à l'occident, et Ruth se demandait,

Immobile, ouvrant l'oeil à moitié sous ses voiles,
Quel dieu, quel moissonneur de l'éternel été,
Avait, en s'en allant, négligemment jeté
Cette faucille d'or dans le champ des étoiles.
Revenir en haut Aller en bas
Denis
Rang: Administrateur



Inscrit le : 23 Fév 2005
Messages : 5654

MessageSujet: Re: Condamné à mort ! par Victor Hugo   Ven 14 Déc - 18:58

Puisque nos heures sont remplies



Puisque nos heures sont remplies
De trouble et de calamités ;
Puisque les choses que tu lies
Se détachent de tous côtés ;

Puisque nos pères et nos mères
Sont allés où nous irons tous,
Puisque des enfants, têtes chères,
Se sont endormis avant nous ;

Puisque la terre où tu t'inclines
Et que tu mouilles de tes pleurs,
A déjà toutes nos racines
Et quelques-unes de nos fleurs ;

Puisqu'à la voix de ceux qu'on aime
Ceux qu'on aima mêlent leurs voix ;
Puisque nos illusions même
Sont pleines d'ombres d'autrefois ;

Puisqu'à l'heure où l'on boit l'extase
On sent la douleur déborder,
Puisque la vie est comme un vase
Qu'on ne peut emplir ni vider ;

Puisqu'à mesure qu'on avance
Dans plus d'ombre on se sent flotter ;
Puisque la menteuse espérance
N'a plus de conte à nous conter ;

Puisque le cadran, quand il sonne,
Ne nous promet rien pour demain,
Puisqu'on ne connaît plus personne
De ceux qui vont dans le chemin,

Mets ton esprit hors de ce monde !
Mets ton rêve ailleurs qu'ici-bas !
Ta perle n'est pas dans notre onde !
Ton sentier n'est point sous nos pas !

Quand la nuit n'est pas étoilée,
Viens te bercer aux flots des mers ;
Comme la mort elle est voilée,
Comme la vie ils sont amers.

L'ombre et l'abîme ont un mystère
Que nul mortel ne pénétra ;
C'est Dieu qui leur dit de se taire
Jusqu'au jour où tout parlera !

D'autres yeux de ces flots sans nombre
Ont vainement cherché le fond ;
D'autres yeux se sont emplis d'ombre
A contempler ce ciel profond !

Toi, demande au monde nocturne
De la paix pour ton coeur désert !
Demande une goutte à cette urne !
Demande un chant à ce concert !

Plane au-dessus des autres femmes,
Et laisse errer tes yeux si beaux
Entre le ciel où sont les âmes
Et la terre où sont les tombeaux !

Victor Hugo
Revenir en haut Aller en bas

Condamné à mort ! par Victor Hugo

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
ESPOIRS :: Divers :: Poêmes-