CUISINE ANTICANCER
À table, les hypocondriaques!
Stéphanie Bérubé
Les Nord-Américains commencent à peine à comprendre à quel point l’alimentation influe sur leur santé. Futés, les éditeurs exploitent le filon : les livres sur les pouvoirs des aliments contre la maladie se multiplient plus vite que le virus de la grippe par une journée d’hiver.
Dans la catégorie anticancer, trois livres de recettes québécois viennent de paraître, dont
Cuisiner avec les aliments contre le cancer, la suite de
Les aliments contre le cancer, des Drs Richard Béliveau et Denis Gingras, qui s’est vendu à plus de 160 000 exemplaires, dans sa version française seulement. Guides pratiques de la bonne alimentation ou livres de recettes pour hypocondriaques ?
Parler de nutrition«D’abord, pour moi, ce n’est pas un livre de recettes : c’est un livre sur le cancer dans lequel on parle de nutrition », précise le Dr Béliveau. S’il y a une suite au premier bouquin, c’est d’abord parce que beaucoup de concepts avaient été laissés de côté dans le premier ouvrage, faute d’espace. De plus, plusieurs ingrédients aux vertus antioxydantes n’étaient pas bien connus des lecteurs en général, ajoute-t-il. « Je leur disais de s’acheter un livre de recettes indiennes. Ou chinoises. Ou japonaises. Ou grecques. Ou arabes. Ou méditerranéennes. Mais monsieur et madame Tout-le-Monde ne font pas ça. » Lors d’une conférence, un homme assez âgé lui a un jour dit qu’une cuillerée de curcuma dans son thé vert le matin, il trouvait ça un peu piquant. Le Dr Béliveau a alors vraiment mesuré le besoin de faire un livre pratique.
Cuisiner avec les aliments contre le cancer est divisé en deux : moitié théorie médicale, moitié recettes pratiques. À l’inverse,
Les meilleures recettes anti-cancer, de Geneviève O’Gleman, et
200 recettes anti-cancer, de Louise Rivard, s’intéressent surtout à la popote. Les trois ouvrages sont différents, mais ils sont tous sérieux et bien faits. Aucun des bouquins ne vous suggère de saupoudrer du curcuma sur vos All-Bran, ce qui est plutôt rassurant.
« Il ne faut surtout pas perdre le plaisir de manger, dit Geneviève O’Gleman, nutritionniste. Il ne faut pas faire des changements dans son alimentation uniquement selon la fonction de tel ou tel aliment. »
Reste que le sujet est particulièrement intéressant pour le public déjà sensible au bien-être, souvent aussi consommateur de capsules d’oxygène ou d’oméga-3. Richard Béliveau n’est précisément pas très fort sur ces suppléments qui « valident les mauvaises habitudes alimentaires » alors que, en mangeant des aliments frais, nutritifs et variés, on peut aller chercher toutes les valeurs nutritives nécessaires. « Si on s’alimente bien, on n’a pas besoin de suppléments », tranche-t-il.
La variété comme assurance santéLes trois auteurs s’entendent à ce sujet. « Préférez donc les aliments plutôt que les suppléments : ils sont moins coûteux et tellement plus savoureux », conseille aussi Geneviève O’Gleman dans son livre. La variété est la meilleure assurance santé. Mieux vaut investir dans son garde-manger que dans sa pharmacie, soutient également l’auteure Louise Rivard, qui a aussi signé
La Bible des salades et La Bible des smoothies. « Moi, quand j’étais petite, ma mère faisait des gâteaux Duncan Hines et je mangeais des céréales dans lesquelles il y avait des vitamines ajoutées. Maintenant, des études prouvent les effets bénéfiques de certains aliments. »