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 Poême de Saint-Denys-Garneau

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Denis
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Denis

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MessageSujet: Autre Icare   Poême de Saint-Denys-Garneau Icon_minitimeVen 10 Avr 2009 - 1:10

Identité
Toujours rompue.

Le pas étrange de notre coeur
Nous rejoint à travers la brume
On l'entend
quel drôle de cadran.

Le noeud s'est mis à sentir
Les tours de corde dont il est fait.

II.

Une chambre avec meubles
Le cadran sur la console
Tout cela fait partie de la chambre
On regarde par la fenêtre
On vient s'asseoir à son bureau
On travaille
On se repose
Tout est tranquille.

Tout à coup: tic tac
L'horloge vient nous rejoindre par les oreilles
Vient nous tracasser par le chemin des oreilles
Il vient à petits coups
Tout casser la chambre en morceaux.

On lève les yeux; l'ombre a bougé la cheminée
L'ombre pousse la cheminée
Les meubles sont tout changés.

Et quand tout s'est mis à vivre tout seul
Chaque morceau étranger
S'est mis à contredire un autre.

Où est-ce qu'on reste
Qu'on demeure
Tout est en trous et en morceaux.



Référence :
GARNEAU, Hector de Saint-Denys, Poésies. Regards et jeux dans l'espace. Les Solitudes, Montréal, Fides, 1972, p. 158-160.
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MessageSujet: Re: Poême de Saint-Denys-Garneau   Poême de Saint-Denys-Garneau Icon_minitimeMer 8 Avr 2009 - 3:52

Il rôde autour de vos richesses et s'introduit dans vos bonheurs par effraction. Il voudrait se rassasier par ses yeux de votre joie. Est-ce qu'à la savoir il va l'avoir? C'est un pauvre irrémédiable. Il a beau s'épuiser par des escaliers de service pour entrevoir de plus près vos trésors, il y a un trou en lui par où tout s'échappe, tous ses souvenirs, tout ce qu'il aurait pu retenir. C'est comme un mendiant aux yeux mauvais qui interrogent, qui demandent servilement, sans fierté; vous lui offrez quelque chose et son regard s'allume de convoitise, mais sa besace est percée. Peut-être qu'avec tout cela il aurait pu se faire une espèce de festin; mais dès qu'il s'arrête pour un repas, il n'a plus rien. Il le sait bien à l'heure qu'il est, mais que voulez-vous qu'il fasse? Il a envie, c'est tout ce qu'il a, peut avoir : c'est sa vie.

C'est un pauvre et c'est un étranger, c'est-à-dire qu'il n'a rien, rien à échanger : un étranger. Mais il ne joue pas franc jeu, il veut prendre part. Prendre part à votre vie, joie ou douleur. C'est un imposteur. De quels habits ne se revêt-il pas; habit d'ami, de collaborateur, de correspondant, etc. Il vole quelque chose ici pour le porter là, mais c'est un commerce épuisant, d'autant plus qu'il en perd la moitié en chemin, qu'il est toujours à moitié vide, au moins. Il ne peut rien retenir, on le sait : c'est un pauvre irréparable.

À l'heure qu'il est chacun sait qu'il est un imposteur, tous les habits sont usés, toutes les contenances. Comme on dit : il a perdu contenance. Il suffit de le regarder, il perd contenance, sa forme de toutes parts cède comme un sac de papier gonflé d'air, il devient tout flasque et son regard épouvanté cherche dans tous les coins de la chambre un trou de rat par où se glisser et fuir à toutes jambes jusqu'à dormir d'épuisement. Ça se comprend: il est pris en flagrant délit de pauvreté dans un habit volé en guise de cuirasse pour tenir debout.

Alors, qu'est-ce qu'on va faire de lui? C'est la question, c'est le problème. Vous, les riches, qu'allez-vous en faire, de ce pauvre irréparable, qui, par en plus, est étranger et, par en plus, est imposteur? Et lui-même se le demande, qu'est-ce qu'on peut faire à son sujet? Impossible de le garder avec vous bien longtemps, même avec la meilleure volonté. Quand on l'a vu se dégonfler une fois, cela devient un malaise insupportable de l'avoir parmi vous. On se met à parler un peu plus fort et plus distinctement que ne voudrait le naturel; les regards sont trop indifférents; on sent une contrainte. Chacun au fond, appréhende : «Est-ce qu'il va se dégonfler?» Et lui-même est dans la pire angoisse, le souffle oppressé, tout tendu à garder sa contenance, à ne pas perdre contenance. Dans ces conditions, l'existence est impossible pour tout le monde.

Pourquoi lui-même, qui souffre bien le plus dans toute cette machine mal arrangée, pourquoi ne s'en va-t-il pas? Il passe ici bien des étrangers, pourquoi celui-ci demeure-t-il? Il est vrai que les étrangers qui passent s'en vont à leur affaire alors que celui-ci, étant pauvre, n'a pas d'affaire où aller.



Référence :
GARNEAU, Hector de Saint-Denys Oeuvres en prose, édition critique établie par Giselle Huot, Montréal, Fides, 1995, p. 623-626.
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MessageSujet: Accompagnement   Poême de Saint-Denys-Garneau Icon_minitimeJeu 26 Mar 2009 - 3:53

Je marche à côté d’une joie
D’une joie qui n’est pas à moi
D’une joie à moi que je ne puis pas prendre

Je marche à côté de moi en joie
J’entends mon pas en joie qui marche à côté de moi
Mais je ne puis changer de place sur le trottoir
Je ne puis pas mettre mes pieds dans ces pas-là
et dire voilà c’est moi

Je me contente pour le moment de cette compagnie
Mais je machine en secret des échanges
Par toutes sortes d’opérations, des alchimies,
Par des transfusions de sang
Des déménagements d’atomes
par des jeux d’équilibre

Afin qu’un jour, transposé,
Je sois porté par la danse de ces pas de joie
Avec le bruit décroissant de mon pas à côté de moi
Avec la perte de mon pas perdu
s’étiolant à ma gauche
Sous les pieds d’un étranger
qui prend une rue transversale.

(In Regards et jeux dans l'espace, 1937)
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MessageSujet: Re: Poême de Saint-Denys-Garneau   Poême de Saint-Denys-Garneau Icon_minitimeSam 7 Avr 2007 - 12:35

FACTION
On a décidé de faire la nuit
Pour une petite étoile problématique
A-t-on le droit de faire la nuit
Nuit sur le monde et sur notre cœur
Pour une étincelle
Luira-t-elle
Dans le ciel immense désert

On a décidé de faire la nuit
pour sa part
De lâcher la nuit sur la terre
Quand on sait ce que c’est
Quelle bête c’est
Quand on a connu quel désert
Elle fait à nos yeux sur son passage

On a décidé de lâcher la nuit sur la terre
Quand on sait ce que c’est
Et de prendre sa faction solitaire
Pour une étoile
encore qui n’est pas sûre
Qui sera peut-être une étoile filante
Ou bien le faux éclair d’une illusion
Dans la caverne que creusent en nous
Nos avides prunelles.
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MessageSujet: Re: Poême de Saint-Denys-Garneau   Poême de Saint-Denys-Garneau Icon_minitimeVen 27 Jan 2006 - 7:46

UN POÈME A CHANTONNÉ TOUT LE JOUR

Un poème a chantonné tout le jour
Et n'est pas venu
On a senti sa présence tout le jour
Soulevante
Comme une eau qui se gonfle
Et cherche une issue
Mais cela s'est perdu dans la terre
Il n'y a plus rien

On a marché tout le jour comme des fous
Dans un pressentiment d'équilibre
Dans une prévoyance de lumière possible
Comme des fous tout à coup attentifs
À un démêlement qui se fait dans leur cerveau
À une sorte de lumière qui veut se faire
Comme s'ils allaient retrouver ce qui leur manque
La clef du jour et la clef de la nuit
Mais ils s'affolent de la lenteur
du jour à naître
Et voilà que la lueur s’en re-va
S’en retourne dans le soleil hors de vue
Et la porte de l’ombre se referme
Sur la solitude plus incompréhensible
Comme une note qui persiste, stridente,
Annihile le monde entier.

@#@


Dernière édition par Denis le Mar 8 Avr 2014 - 11:32, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Poême de Saint-Denys-Garneau   Poême de Saint-Denys-Garneau Icon_minitimeMar 14 Juin 2005 - 8:24

C'EST EUX QUI M'ONT TUÉ

C'est eux qui m'ont tué
Sont tombés sur mon dos avec leurs armes, m'ont tué
Sont tombés sur mon dos avec leur haine, m'ont tué
Sont tombés sur mes nerfs avec leurs cris, m'ont tué

C'est eux en avalanche m'ont écrasé
Cassé en éclats comme du bois

Rompu mes nerfs comme un câble de fils de fer
Qui se rompt net et tous les fils en bouquet fou
Jaillissent et se recourbent, pointes à vif

Ont émietté ma défense comme une croûte sèche
Ont égrené mon coeur comme de la mie
Ont tout éparpillé cela dans la nuit

Ils ont tout piétiné sans en avoir l'air,
Sans le savoir, le vouloir, sans le pouvoir,
Sans y penser, sans y prendre garde
Par leur seul terrible mystère étranger
Parce qu'ils ne sont pas à moi venus m'embrasser

Ah! dans quel désert faut-il qu'on s'en aille
Pour mourir de soi-même tranquillement.



Saint-Denys-Garneau


Dernière édition par le Sam 8 Déc 2007 - 1:34, édité 1 fois
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MessageSujet: Poême de Saint-Denys-Garneau   Poême de Saint-Denys-Garneau Icon_minitimeSam 26 Fév 2005 - 14:48

LASSITUDE
Je ne suis plus de ceux qui donnent
Mais de ceux-là qu'il faut guérir.
Et qui viendra dans ma misère?
Qui aura le courage d'entrer dans cette vie
à moitié morte?
Qui me verra sous tant de cendres,
Et soufflera, et ranimera l'étincelle?
Et m'emportera de moi-même,
Jusqu'au loin, ah! au loin, loin!
Qui m'entendra, qui suis sans voix
Maintenant dans cette attente?
Quelle main de femme posera sur mon front
Cette douceur qui nous endort?

Quels yeux de femme au fond des miens,
au fond de mes yeux obscurcis,
Voudront aller, fiers et profonds,
Pourront passer sans se souiller,
Quels yeux de femme et de bonté
Voudront descendre en ce réduit
Et recueillir, et ranimer
et ressaisir et retenir
Cette étincelle à peine là?
Quelle voix pourra retentir,
quelle voix de miséricorde
voix claire, avec la transparence du cristal
Et la chaleur de la tendresse
Pour me réveiller à l'amour, me rendre à la bonté,
m'éveiller à la présence de Dieu dans l'univers ?
Quelle voix pourra se glisser, très doucement,
sans me briser, dans mon silence intérieur ?


Dernière édition par le Sam 7 Avr 2007 - 12:36, édité 4 fois
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