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 Il faut tuer les fusils !

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agathe

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MessageSujet: Re: Il faut tuer les fusils !   Lun 28 Fév 2011 - 5:04

Une main tendue, et l'autre qui reçoit la colombe... mais d'aucuns me traiteront encore de bisounours....
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Denis
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MessageSujet: Re: Il faut tuer les fusils !   Dim 27 Fév 2011 - 12:59

Publié le 19 février 2011 à 10h46
Stéphane Laporte
La Presse

Le Tribunal des droits de la personne a ordonné à la Ville de Saguenay de retirer le crucifix de la salle du conseil. À l'Assemblée nationale, l'ADQ veille sur le petit Jésus. À Montréal, Gérald Tremblay et Louise Harel s'entendent pour sauver le Sauveur. Mais ce n'est qu'une question de temps. Les clous sur lesquels reposent tous les crucifix accrochés dans les endroits publics du Québec commencent à faiblir. Il suffit d'une plainte de citoyen ou d'un lobby pour qu'ils tombent les uns après les autres
C'est correct. Nous vivons dans un état laïc où les symboles religieux n'ont pas leur place. Pas de croix, pas de bouddha, pas de hanoukia. De beaux murs propres. De beaux murs vides. À l'image de notre société qui ne croit en rien. Nos murs sont couverts de rien.

Dans quelques années, pour voir un crucifix, faudra aller voir un spectacle de Madonna.
C'est correct, mais c'est dommage. Parce que c'est beau, un crucifix. Et là, je ne plaide pas la valeur artistique ou culturelle de la chose. C'est beau, un crucifix, parce que c'est tellement à contre-courant. Le monde est rempli de symboles de puissance: l'aigle, l'ours, le lion, l'étoile... Arrive un homme à moitié nu en train de mourir sur une croix. Tellement loser, et pourtant tellement puissant. C'est bouleversant, un crucifix. Et rien n'est plus puissant qu'un bouleversement.
Qu'est-ce qu'un crucifix, si ce n'est la représentation d'un homme qui donne sa vie?

Quand je regarde un crucifix, je ne pense pas à l'Inquisition, aux croisades, à la terreur. Je ne pense pas à tous les religieux qui ont commis des crimes odieux en brandissant cet objet. Je pense à la douleur de tous les innocents qui ont subi ces horreurs. Le problème, ce n'est pas le gars sur la croix. Ce sont tous les marchands du temple qui ont récupéré ce symbole. Qui l'ont détourné de son sens.

Un crucifix, pour moi, ce n'est pas les chrétiens, les catholiques, le pape, ce n'est même pas Dieu. C'est juste un gars. Un gars tout seul, au bout du chemin. Un gars qui a fait tout ce qu'il a pu. Et qui finit là, tout seul. Comme on finira tous: tous seuls. Les gars et les filles, unis dans notre solitude.

J'ai vu mon père rendre l'âme dans un lit de l'Hôtel-Dieu et il avait l'air du gars sur la croix. On a tous l'air du gars sur la croix, aux derniers moments. Le crucifix, pour moi, c'est la condition humaine. C'est pour ça qu'il ne me dérange pas. Au contraire. Ça me fait du bien, de temps en temps, de me la remettre dans la face. Ça replace les valeurs. C'est comme l'homme qui apprend de son médecin qu'il ne lui en reste plus pour longtemps: ses priorités changent. Le crucifix a cet effet-là, sur moi. Ça me ramène à l'essentiel.

Mais je comprends les arguments de ceux qui veulent retirer les objets religieux des lieux publics. Je sais que, dans une société juste, on ne peut pas imposer un symbole plutôt qu'un autre. L'individu peut croire en ce qu'il veut. La société doit rester neutre. C'est d'une logique implacable. Et en même temps, c'est un peu désespérant.

Le monde serait peut-être meilleur si, collectivement, on arrivait à croire en quelque chose aussi.
Une société qui ne croit en rien, c'est une société qui ne va nulle part.

Enlevez les crucifix si vous voulez, mais il ne peut rester sur les murs que le trou du clou retiré. L'État, ça ne peut pas juste être un drapeau. Il faut quelque chose de plus grand. Ouvert sur les autres.

Est-ce qu'on peut s'entendre sur l'amour? Sans déplaire à qui que ce soit, la société québécoise peut-elle proclamer qu'elle croit en l'amour? Pas seulement l'amour de la Saint-Valentin. L'amour de tous les jours et de tous les humains. Ça ferait du bien, collectivement, de sentir qu'on ne croit pas seulement aux budgets, aux taxes et aux impôts. Que l'on croit en quelque chose de plus grand. Et surtout, que l'on cherche à y tendre. À le pratiquer.

Faut donc trouver un symbole qui représente l'amour que nous avons les uns envers les autres et surtout l'amour que nous devrions avoir les uns pour les autres. Avez-vous des idées?

Un symbole dont la vue nous ramènerait vers nous-mêmes, nous ramènerait vers les autres.
Parce que, à tout décrocher des murs, j'ai bien peur qu'un jour nos coeurs aussi soient vides.
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Denis
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MessageSujet: Il faut tuer les fusils !   Lun 16 Avr 2007 - 21:39

Texte de Stéphane Laporte dans La presse après la tuerie aux États-unis:





Il faut tuer les fusils
(Chronique publiée dans La Presse, le 27 octobre 2002)

On n’a pas d’allure. On n’est pas cohérent. On s’énerve contre la cigarette, la drogue, les gros chars qui polluent, les pommes cirées, le poulet aux hormones, mais les fusils, on n’en parle presque pas. Du moment que la vente est contrôlée, c’est tiguidou.

On s’est-tu déjà demandé à quoi ça sert, un fusil? Ça sert à tuer. Rien d’autre. Une cigarette, au moins, ça peut servir à calmer. Vous allez me dire qu’un fusil aussi, ça calme. Ça calme surtout celui qui est atteint par la balle. Mais ça le calme trop! Pourtant, on vend ça comme si c’était des petits pains au chocolat. Sur les paquets de cigarettes, on met des photos de dents pourries, de poumons calcinés, de gorges flétries; sur les boîtes de fusil, on ne met rien. Pas de photos de cervelles éclatées, d’abdomens éventrés, de plaies repoussantes. Ben non! On n’a pas besoin de donner mauvaise conscience à l’acheteur. Après tout, il veut seulement tuer. Le fumeur est montré du doigt dans la société. Pas le détenteur d’une arme. Pourtant, ça prend beaucoup de fumée secondaire d’une clope pour égaler les effets de la fumée secondaire d’un magnum.

Vous allez me dire que l’acheteur d’une arme ne veut pas nécessairement tuer. Ben non! Il s’achète une carabine pour percer des trous dans ses murs pour accrocher ses cadres! Je le sais, que la plupart du temps c’est pour aller à la chasse. Mais c’est quoi la chasse? C’est tuer des animaux. Beau passe-temps! Les chasseurs se disent des amants de la nature. Méchants amants! Je ne voudrais pas me coucher avec ça. Je serais sûr de ne jamais me relever.

L’homme qui tire son plaisir en tirant sur une bête devrait se poser des questions. Y a quelque chose de pas réglé quelque part. Me semble qu’une bonne partie de tennis, ça défoule autant et ça empêche pas les oiseaux de chanter. Que demande-t-on à un ami qui revient de la chasse? “As-tu tué?” C’est sympathique comme tout. On dit: “As-tu tué?” comme on dirait “As-tu nagé?” ou “As-tu skié?” Je m’excuse, c’est le verbe tuer.

Faire mourir de mort violente. C’est écrit dans le Robert. Ça devrait pas vraiment être une activité de plaisance. Le curling, ça vous tente pas?
Certains chasseurs se défendent en disant que, dans l’ancien temps, l’homme devait chasser pour se nourrir. Oui, pis? On n’est plus dans l’ancien temps. Dans l’ancien temps, l’homme ne se lavait pas, il faisait ses besoins partout, et il tirait sa femme par les cheveux jusque dans sa grotte lorsqu’il voulait baiser. Maintenant, on n’agit plus comme ça. On a évolué. On s’est civilisé. Maintenant, on prend sa douche, on va au petit coin et on fait du speed dating. Et quand on a faim, on va chez Metro. Plus besoin d’aller éventrer un ours avec ses mains.
Au-dessus de tous les droits devrait primer le droit à la vie. Et si c’était ainsi, tout instrument dont la seule fonction est d’enlever la vie à un chevreuil, à une perdrix ou à un homme qui sort du Ponderosa devrait être interdit. Pas contrôlé. Interdit.

Le gouvernement a passé deux ans à se demander si tourner à droite au feu rouge était dangereux, mais il n’a pas encore réalisé qu’un fusil, c’est dangereux. Pas besoin de commander de grands rapports. Et de payer plein d’amis commissaires. Tout le monde sait qu’un fusil, c’est dangereux. C’est sa fonction. C’est fait pour ça. Alors si on vit dans un monde où il faut porter un bol à soupe sur la tête quand on fait du vélo parce que c’est risqué, comment peut-on laisser fabriquer une patente qui n’a d’autre utilité que d’enlever la vie? C’est un non-sens! Une bicyclette, c’est quand même moins dangereux qu’une mitraillette!

Les grands défenseurs de la vente des armes soutiennent qu’un fusil sert à se protéger. Ils en ont un juste au cas. Pour se sentir en sécurité, ils dorment avec une arme en dessous de leur oreiller. Belle sécurité! Pourquoi pas une bombe en dessous du lit? Si un bandit veut vous tuer, il ne vous réveillera pas avant. Alors si vous voulez vraiment être en sécurité, il ne faut plus que vous dormiez. Jamais. Ça risque d’être fatigant.

Si, pour vous protéger, vous rangez un fusil dans la boîte à gants de votre bagnole, ça ne vous donnera pas grand-chose si vous vous faites abattre pendant que vous faites le plein. Pour qu’un fusil nous protège, il faut l’avoir à la main. Le problème, c’est que les fous prennent rarement rendez-vous avant de tirer sur quelqu’un. Et si vous vous promenez partout avec un fusil à la main, c’est la police qui va vous descendre. Pis vite à part ça. La meilleure façon de dormir tranquille, c’est que les armes soient interdites sur cette planète. Pas de dormir sur un calibre 12.
Je sais bien qu’avec une telle loi, tous les fabricants d’armes feront faillite. Pis? On ne pleurerait pas si tous les pushers de crack faisaient faillite. On n’a pas à se sentir coupable de mettre un terme à l’industrie de la mort. Tant pis pour ceux qui ont des actions dans Mortel!

Bien sûr, il y aura toujours des fusils, ne serait-ce que pour faire respecter la loi antifusil. C’est ainsi. Pour faire respecter les limites de vitesse, les voitures de police doivent rouler plus vite que cela est permis.
C’est bien beau de vouloir bannir la violence dans les films et à la télévision. Mais c’est la violence dans la vraie vie qu’il faut bannir en premier. Et tant que la possession d’arme sera permise, on ne convaincra personne que l’on veut vraiment éliminer la violence.

En attendant de bannir les fusils, on va tuer certains détraqués qui s’en servent. Les tireurs fous de Washington risquent la peine de mort. Ça ne réglera pas le problème. Tant que nous vivrons dans un monde où la violence est une industrie, où il est permis d’acheter des instruments de mort, des déséquilibrés mettront en évidence les failles de notre supposée morale.


Dernière édition par Denis le Ven 4 Mar 2011 - 9:28, édité 3 fois
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