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 Québécois moins connus

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Denis
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Denis

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MessageSujet: Re: Québécois moins connus   Québécois moins connus Icon_minitimeSam 10 Déc 2011 - 14:51

Le retour de l’enfant prodigue

Ouvrez cette porte où je pleure.

La nuit s’infiltre dans mon âme
Où vient de s’éteindre l’espoir,
Et tant ressemble au vent ma plainte
Que les chiens n’ont pas aboyé.

Ouvrez-moi la porte, et me faites
Une aumône de la clarté
Où gît le bonheur sous vos lampes.

Partout, j’ai cherché l’Introuvable.

Sur des routes que trop de pas
Ont broyées jadis en poussière.

Dans une auberge où le vin rouge
Rappelait d’innombrables crimes,
Et sur les balcons du dressoir,
Les assiettes, la face pâle
Des vagabonds illuminés
Tombés là au bout de leur rêve.

À l’aurore, quand les montagnes
Se couvrent d’un châle de brume.

Au carrefour d’un vieux village
Sans amour, par un soir obscur,
Et le cœur qu’on avait cru mort
Surpris par un retour de flamme,

Un jour, au bout d’une jetée,
Après un départ, quand sont tièdes
Encor les anneaux de l’étreinte
Des câbles, et que se referme,
Sur l’affreux vide d’elle-même,
Une main cherchant à saisir
La forme enfuie d’une autre main,

Un jour, au bout d’une jetée…

Partout, j’ai cherché l’Introuvable.

Dans les grincements des express
Où les silences des arrêts
S’emplissent des noms des stations.

Dans une plaine où des étangs
S’ouvraient au ciel tels des yeux clairs.

Dans les livres qui sont des blancs
Laissés en marge de la vie,
Où des auditeurs ont inscrit,
De la conférence des choses,
De confuses annotations
Prises comme à la dérobée.

Devant ceux qui me dévisagent,

Et ceux qui me vouent de la haine,
Et dans la raison devinée
De la haine dont ils m’accablent.

Je ne savais plus, du pays,
Mériter une paix échue
Des choses simples et bien sues.

Trop de fumées ont enseigné
Au port le chemin de l’azur,
Et l’eau trépignait d’impatience
Contre les portes des écluses.

Ouvrez cette porte où je pleure.

La nuit s’infiltre dans mon âme
Où vient de s’éteindre l’espoir,
Et tant ressemble au vent ma plainte
Que les chiens n’ont pas aboyé.

Ouvrez-moi la porte, et me faites
Une aumône de la clarté
Où gît le bonheur sous vos lampes.






Jean Aubert LORANGER (1922)
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Denis
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MessageSujet: Re: Québécois moins connus   Québécois moins connus Icon_minitimeLun 24 Oct 2011 - 2:21

Ton corps t'attends sur une civière
Soudain comme amputé d'un siècle
Et tu écoutes veillir les masques
qui hantent chaque fable ou tu ne viens pas mourir
de plus belle comme en annexe de ce monde étroit qui n'est jamais à cours de corridors pour t'oublier

Philippe More

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Denis
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MessageSujet: Re: Québécois moins connus   Québécois moins connus Icon_minitimeMar 19 Jan 2010 - 4:46

Tout redevient fragile
On finit par suivre la lumière
qui nous bouleverse parfois
à travers un geste
sentir que rien ne viendra
sinon quelque désastre
On finit par ne plus voir
les percées du vide, oublier
ce visage qui n'a jamais existé
ailleurs que devant
Plus rien n'est lié soudain
plus rien ne s'accomplit
On finit par répondre
qu'on est là, faire signe
parmi nos absences
ne plus fuir la mémoire
de certaines failles qui blesse
plus que d'autres
On finit par s'ouvrir
au silence qui revient
et ne plus répondre
au bruit des pas, ne plus croire
qu'on a aimé, soutenu un instant
la beauté de notre vie
On finit par sentir le temps
qui replie nos regards
lentement les referme, comme une plaie
dont on ne sait plus parler

Hélène Dorion
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Plumedange

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MessageSujet: Re: Québécois moins connus   Québécois moins connus Icon_minitimeSam 22 Nov 2008 - 15:45

Québécois moins connus Apl001
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Denis
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MessageSujet: Re: Québécois moins connus   Québécois moins connus Icon_minitimeSam 22 Nov 2008 - 15:13

Geneviève Amyot
À ma fille
Ma fabuleuse mon incroyable
mon étrangère mon obscure
ma si terriblement fraternelle
ma tête de pioche ma douce mon inquiète
mes petites mains chaudes
mon amande ma lumière
mes tresses
mon horloge impeccable
mon ruisseau de têtards et de roches
mon sac d'école mes bottes neuves
mon effaceuse
mon dernier paradis
je te porte encore entière dans la chaleur
entêtée de ma chair qui s'étiole je te tiendrai
jusqu'à la fin où je te ferai signe de ferveur
ma si vive aux racines extrêmes de l'amour
ma platée de gruau ma chambre forte
ma mère mon glaïeul
ma petite chienne pâle
mon eau de Pâques
mon oiseau de voyage
mon grand réseau d'artères
ma sauteuse
ma résurrection

C'est une poête québécoise que je ne connais pas mais dont je trouve les mots destinées à sa fille amusants et assez porteurs de sens (en autant que je puisse en juger.)
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Optimiste
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MessageSujet: Re: Québécois moins connus   Québécois moins connus Icon_minitimeJeu 13 Nov 2008 - 15:16

love Parler , s'exprimer est vital et les mots de ce poete nous le rappellent bien ...
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Denis
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MessageSujet: Québécois moins connus   Québécois moins connus Icon_minitimeJeu 13 Nov 2008 - 2:22

Yves Préfontaine (1937- )


Yves Préfontaine est né en 1937 à Montréal. Après ses études classiques au collège Stanislas, il s'inscrit en anthropologie à l'Université de Montréal. Il obtient son baccalauréat en 1964 et sa maîtrise en 1966. Cependant, dès 1959, il fonde, avec d'autres écrivains, la revue Liberté dont il devient le rédacteur en chef. Il collabore à divers journaux et périodiques, tels Le Devoir, Le Nouveau Monde et La Presse. Yves Préfontaine produit également des émissions radiophoniques consacrées au jazz, à la poésie et aux cultures amérindiennes (1956-1966). En 1970, après des études doctorales en sociologie à Paris, il occupe diverses fonctions, d'abord comme fonctionnaire au Ministère des Communications et à Radio-Québec, puis comme professeur à l'Université McGill (1970-1971) et à l'Université de Québec à Montréal (1974-1975). Nommé conseiller au Ministère de l'Éducation en 1977, il est appelé à occuper divers postes dans la fonction publique. Sa carrière poétique l'amène tout d'abord à explorer « le lyrisme du froid » dans son premier recueil publié chez Boréal (1957), puis à développer le thème du pays dans les trois autres recueils qu'il publie aux éditions de l'Hexagone : Pays sans parole (1967), Débâcle suivi de À l'orée des travaux (1970) et Nuaison (1981). Le poème qui suit est tiré de Pays sans parole qui a valu à son auteur le Prix de la Province de Québec et le Prix France-Québec en 1968.

Peuple inhabité


J'habite un espace où le froid triomphe de l'herbe, où la grisaille règne en lourdeur sur des fantômes d'arbres.
J'habite en silence un peuple qui sommeille, frileux sous le givre de ses mots. J'habite un peuple dont se tarit la parole frêle et brusque.
J'habite un cri tout alentour de moi ---
pierre sans verbe ---
falaise abrupte ---
lame nue dans ma poitrine d'hiver ---
Une neige de fatigue étrangle avec douceur le pays que j'habite.
Et je persiste en des fumées.
Et je m'acharne à parler.
Et la blessure n'a point d'écho.

Le pain d'un peuple est sa parole.
Mais point de clarté dans le blé qui pourrit.
J' habite un peuple qui ne s'habite plus.
Et les champs entiers de la joie se flétrissent sous tant de sécheresse et tant de gerbes reniées.
J'habite un cri qui n'en peut plus de heurter, de cogner, d'abattre ces parois de crachats et de masques.
J'habite le spectre d'un peuple renié comme fille sans faste.
Et mes pas font un cercle en ce désert. Une pluie de visages blancs me cerne de fureur.
Le pays que j'habite est un marbre sous la glace.
Et ce pays sans hommes de lumière glisse dans mes veines comme femme que j'aime.
Or je sévis contre l'absence avec, entre les dents, une pauvreté de mots qui brillent et se perdent.

Yves Préfontaine, « Peuple inhabité », Parole tenue, poèmes, Montréal, 1954-1955,
© 1990, Éditions de l'Hexagone et Yves Préfontaine


Dernière édition par Denis le Sam 22 Nov 2008 - 15:14, édité 1 fois
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